LÉGISLATIVES 2026 : Le RPR abat la carte du « contrat citoyen » face à une arène politique saturée.
Par la Rédaction | Conakry, le 23 mai 2026
Dans une semaine pile, les Guinéens retourneront aux urnes. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la bataille pour l'Assemblée nationale s'annonce rude. Face à une marée de vingt-cinq listes qui se disputent presque toutes l'héritage du Président Doumbouya, le Rassemblement Pour la République (RPR) a choisi de faire un pas de côté. Fini les promesses vagues et les envolées lyriques : le parti dégaine un arsenal de lois « clés en main ». Un pragmatisme brut qui détonne dans le paysage électoral guinéen.
L'effervescence de décembre 2025 — et ce score écrasant de 86,72 % pour Mamadi Doumbouya — semble déjà loin. Passé l'état de grâce, la dure réalité institutionnelle nous rattrape : le centre de gravité politique bascule aujourd'hui vers le Palais du Peuple. L'enjeu de ce dimanche 31 mai n'est plus de confier les clés du pays à un homme, mais de lui construire un contre-pouvoir solide. C'est exactement dans cette brèche, cette fameuse « seconde mi-temps » démocratique, que s'engouffre le RPR mené par sa tête de liste nationale, Diabaty Doré.
La fin de la « chambre d'enregistrement »
Le coup de génie de la campagne du candidat qui figure sous le numéro 15 de la liste nationale tient en quelques mots, devenus leur mantra : « Nous ne venons pas gouverner. Nous venons veiller pour vous. »
Historiquement, notre Assemblée nationale a trop souvent fait office de simple chambre d'enregistrement pour l'exécutif. Le RPR veut casser ce code. En assumant haut et fort qu'un député n'est pas là pour "gouverner", le parti remet l'institution au centre du village. Leur promesse est celle d'un auditeur intraitable : traquer la dépense publique, bousculer les ministres, et s'assurer que les engagements pris de Yomou à Conakry ne s'évaporent pas dès le lundi matin.
Cinq lois pour répondre à l'urgence de la rue
Pour se démarquer de ses vingt-quatre concurrents — qu'il accuse à demi-mot de réclamer un chèque en blanc aux électeurs —, le directoire de campagne a opté pour la politique de la preuve. Sur la table, cinq propositions de lois déjà rédigées, chiffrées, et qui tapent exactement là où ça fait mal :
· Le cauchemar du logement (Loi n°1) : Dans un Conakry où louer relève du parcours du combattant, le RPR frappe fort. Plafonner la garantie locative à un seul mois de caution (sans aucune avance) est une mesure coup de poing. Elle ravira la jeunesse urbaine, même si elle annonce un bras de fer titanesque avec les propriétaires fonciers.
· La réalité de l'école (Loi n°2) : La gratuité du primaire est dans la Constitution, mais le racket scolaire est une réalité. Le parti dégaine la menace de sanctions pénales et promet des cantines rurales pour soulager les parents.
· Le nerf de la guerre minier (Loi n°3) : C'est sans doute le point le plus explosif. Exiger que 15 % des royalties aillent directement aux communautés locales (Boké, Kindia, N’Zérékoré), c'est s'attaquer frontalement au grand paradoxe guinéen : un sous-sol richissime pour une population pauvre. L'idée d'un audit parlementaire annuel risque de faire grincer quelques dents.
· Un filet pour l'informel (Loi n°4) : Le RPR n'oublie pas ceux qui font tourner l'économie réelle : une micro-pension et une couverture santé pour les chauffeurs de taxi-moto, artisanes et commerçantes, pour à peine 5 000 à 10 000 GNF par mois.
· La claque démographique (Loi n°5) : Enfin, l'imposition de quotas stricts (40 % de femmes, 20 % de jeunes de moins de 35 ans) pour s'aligner enfin sur le vrai visage de la Guinée.
Moussa Baldé : le tout-puissant stratège de l'ombre
Mais les idées ne suffisent pas, il faut une machine de guerre électorale pour les porter. C'est là qu'intervient l'atout maître de ce dispositif : Moussa Baldé. Président de la formation politique REM, Baldé a endossé le costume de Directeur de campagne du RPR. Véritable maître d'œuvre et tout-puissant stratège de cette alliance, c'est lui qui a dessiné la trajectoire de cette campagne ultra-méthodique.
Sous sa direction, le déploiement sur le terrain s'est fait au millimètre, de Télimélé à Macenta en passant par Matoto, s'appuyant sur des lieutenants clés comme Dalanda Sylla à la mobilisation et Mamadou Talibé Bah aux affaires électorales. L'objectif de Baldé est clair : prouver que l'offre politique portée par Diabaty Doré sous le numéro 15 national n'est pas qu'un mirage intellectuel de la capitale, mais une force profondément ancrée dans les préfectures. En tête d'affiche, Diabaty Doré joue à fond la carte de la « génération charnière » — des quadragénaires déterminés à allier l'énergie de la jeunesse au refus des combines d'un autre temps.
L'heure de vérité
En imposant son programme au cœur des discussions, le RPR a d'ores et déjà remporté la bataille médiatique de cette fin de campagne. Mais attention : promettre une Assemblée de "veilleurs" est une chose, survivre à la jungle de l'hémicycle en est une autre. Si la théorie séduit, la pratique parlementaire est souvent impitoyable.
Ce 31 mai, les électeurs guinéens ont une question vertigineuse devant eux qui dépasse de loin le cas unique du candidat du numéro 15 : sont-ils enfin prêts à troquer le vieux vote d'allégeance contre un véritable pragmatisme législatif ? Et surtout, si les portes du Palais du Peuple s'ouvrent à elle, cette alliance aura-t-elle réellement les reins assez solides, et son stratège politique assez d'influence, pour faire plier le système ? Le compte à rebours est lancé.
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